La différence de fond : suspendre n'est pas rompre
L'ERTE (expediente de regulación temporal de empleo) maintient la relation de travail active. Le salarié perçoit l'allocation chômage pour la partie non travaillée et l'entreprise conserve ses effectifs pour la reprise de l'activité. L'ERE (licenciement collectif de l'article 51 du Statut des travailleurs) rompt les contrats : la relation prend fin avec indemnité et solde de tout compte.
Cette distinction explique tout le reste : l'ERTE ne verse pas d'indemnités, l'ERE si. C'est pourquoi la norme et la jurisprudence imposent la préférence pour l'ERTE : le licenciement collectif n'est possible que lorsque la suspension ou la réduction du temps de travail ne suffit pas à surmonter la situation.
Comparatif rapide
Le tableau résume les différences qui pèsent le plus sur la décision et le coût.
Key points
- - Effet : l'ERTE suspend ou réduit le temps de travail ; l'ERE rompt les contrats.
- - Indemnité : ERTE aucune (allocation SEPE) ; ERE 20 jours par an avec un plafond de 12 mensualités.
- - Causes : les deux reposent sur des causes économiques, techniques, organisationnelles ou de production ; l'ERTE ajoute la force majeure et le Mécanisme RED.
- - Consultations : ERTE 15 jours (7 si l'effectif est inférieur à 50) ; ERE 15 jours (30 si 50 salariés ou plus).
- - Seuils : l'ERTE n'en a pas ; l'ERE n'existe qu'à partir de 10 salariés ou 10 % de l'effectif selon la taille.
- - Rôle de l'autorité du travail : dans l'ERTE, on communique ; dans l'ERE, on communique et on contrôle ; en force majeure, elle constate la cause en cinq jours.
- - Coût pour l'entreprise : ERTE exonérations de cotisations et salaire uniquement pour les heures travaillées ; ERE indemnités plus soldes de tout compte et éventuel litige.
Quand chacun s'impose
L'ERTE convient aux crises temporaires : une baisse des commandes censée se résorber, une fermeture administrative, une inondation, une crise sectorielle cyclique. L'horizon et la cause comptent : si la situation est structurelle (une ligne de produit supprimée, une digitalisation qui rend des postes obsolètes, une usine qui ferme), l'ERTE ne fait que retarder le problème.
Le cas hybride est courant : l'entreprise ouvre un ERTE et, si la crise se confirme, transforme la rupture en ERE avec sa propre période de consultation. L'ERTE préalable ne préjuge pas de la cause ; ce qui est interdit, c'est de maintenir des salariés en ERTE percevant l'allocation alors qu'ils continuent de travailler, c'est une fraude que l'Inspection du travail poursuit.
Coûts comparés
Dans le cadre de l'ERTE, l'essentiel de la prestation est payée par le SEPE (70 % de la base de calcul pendant les 180 premiers jours et 60 % ensuite), et l'entreprise bénéficie d'exonérations de cotisations allant de 20 % à 90 % selon le type de procédure, liées à la formation et à l'engagement de maintenir l'emploi pendant six mois.
Dans le cadre de l'ERE, l'entreprise paie 20 jours de salaire par année travaillée avec un plafond de 12 mensualités, le solde de tout compte complet et, si le licenciement est contesté et déclaré abusif, l'indemnité passe à 33 jours par année avec un plafond de 24 mensualités plus les frais de justice. Dans l'ERE pour force majeure, l'indemnité est versée par le FOGASA.
Une règle pratique : si le problème se règle en quelques mois, ERTE ; si le poste n'a plus d'avenir, ERE. L'option intermédiaire, la réduction du temps de travail de l'ERTE, est préférable à la suspension totale lorsqu'elle est viable.
Erreurs qui transforment la restructuration en litige
Passer directement à l'ERE sans justifier pourquoi la flexibilité interne était insuffisante est la voie rapide vers le licenciement abusif, avec 33 jours par année plus les salaires de procédure. Il en va de même pour des consultations de pure forme : sans négociation réelle et sans documentation des causes, le juge déclarera le licenciement sans cause.
Du côté de l'ERTE, l'erreur typique est l'usage fictif : un effectif qui continue à travailler en fraude aux prestations. La conséquence est le remboursement des exonérations avec intérêts et des sanctions économiques pour chaque personne concernée.


